Speaker du Rennes Étudiants Club depuis 2019, passé cet été par la caravane du Tour de France, Gwenaël Laurent raconte comment un footballeur breton est tombé dans le rugby.
Une victoire en cinq journées, 35-28 contre Chambéry en ouverture, puis quatre défaites, dont la dernière samedi au Commandant Bougouin contre Bourgoin (29-35) : le début de saison du Rennes Étudiants Club en Nationale est difficile. Après un déplacement à Bourg-en-Bresse le 2 octobre, le REC recevra Suresnes le 10 octobre. Au micro, comme depuis 2019, il y aura Gwenaël Laurent, 32 ans, speaker du club, devenu indépendant en juin et passé cet été par la caravane du Tour de France. Entretien.
Nom, prénom, âge, qualité ?
Laurent, Gwenaël, 32 ans, l’improvisation.
Les gens connaissent principalement votre voix…
Oui, c’est surtout ma voix, mais parfois aussi mes gestes. Je pense que l’animation d’un stade passe par plusieurs choses. La voix, bien évidemment : on peut la pousser pour essayer de faire en sorte que les gens réagissent, applaudissent, chantent. Mais c’est parfois aussi dans la gestuelle et dans l’énergie. Ce sont tous ces éléments qui peuvent procurer de l’énergie et la transmettre.
Au minimum, quel est votre matériel ?
J’arrive dans un stade qui possède une sonorisation, un micro, et moi j’amène juste ma voix et mon ordinateur, qui se branche dessus.
« J’ai toujours été une grande gueule »
Quelle est votre formation ? Votre passion ?
Quand je suis arrivé à Rennes, j’avais 18 ans, je venais d’avoir un bac général à Pontivy. Je suis entré en fac de droit sans savoir ce que je voulais faire dans la vie. Je me suis rendu compte au bout de trois ans que ce n’était pas le droit qui m’allait. Je me suis réorienté, j’ai fait de la com et, petit à petit, j’ai trouvé un boulot dans la com : je suis devenu social media manager.
Vous êtes passé par le BDE de la fac ?
Non, mais j’ai toujours été une grande gueule, tu vois, en cours, dans les clubs dans lesquels je suis passé. À la base, je suis plutôt pratiquant de football. Comme beaucoup de Bretons, le rugby, je ne connaissais pas beaucoup. En infocom, pendant mon cursus de communication, j’ai fait un stage rugby pour organiser un tournoi de rugby à 7. Le Rennes Étudiants Club évoluait à l’époque en Fédérale 2, et le premier match de ma vie que j’ai vu, c’est la montée en Fédérale 1, face à Orsay. C’était un match mémorable pour le club, et moi, je suis tombé sous le charme de cette énergie, de ce sport très spectaculaire et encore trop méconnu en Bretagne. Même s’il se développe grâce au RC Vannes, ça reste un sport largement minoritaire par rapport au football, il ne faut pas se le cacher.
Avant d’être speaker, j’étais d’abord communicant : j’ai fait un service civique la deuxième année, à la com du club. Pendant cette année de service civique, il y a eu un match où le speaker était absent, et il allait arrêter d’animer les matchs. Du coup, le club a cherché un remplaçant. Moi, j’étais dans le coin, j’avais une grande gueule… C’est Yannig Escoffier, qui était numéro neuf au REC à l’époque, qui me l’a proposé. Et depuis 2019, je n’ai pas lâché le micro.
Ligue 1, Ligue 2, Top 14 : des offres refusées
Il y a aussi des centres commerciaux, d’autres animations ?
En fait, quand j’ai commencé, j’avais un boulot à côté, donc je n’en avais pas besoin. C’était vraiment une activité passion que je faisais à côté et pour laquelle je n’étais pas toujours rémunéré. Je me suis amélioré, et le club m’a proposé de prendre des responsabilités : être speaker et gérer pas mal d’autres choses dans l’événementiel du club. Ça m’a permis de rester passionné, sans risquer d’abîmer ma passion en allant animer dans les supermarchés. Depuis que je suis devenu speaker professionnel, et totalement indépendant depuis juin, je refuse encore de faire des animations commerciales qui ne m’intéressent pas et dans lesquelles je ne peux pas exprimer ma passion.
Il m’est arrivé aussi d’animer le handball féminin à Saint-Grégoire, d’animer au Roazhon Park il y a quelques années, et je travaille de temps en temps avec le Stade Rennais. C’est une belle récompense pour moi de pouvoir m’exprimer avec des clubs rennais aujourd’hui. J’ai reçu plusieurs propositions d’autres clubs et, pour le moment, j’ai toujours refusé, parce que pour moi, c’est inconcevable d’animer pour d’autres clubs que ceux pour lesquels je suis passionné.
Des propositions « costaudes » ?
Des clubs de Ligue 1, de Ligue 2, de Top 14, oui. Ce n’étaient pas toujours des offres directes, parfois juste des remplacements, mais un club me voulait. J’ai refusé poliment.
Des mèches blanches pour la caravane du Tour
On a noté un changement capillaire, des mèches blondes : pour vous faire reconnaître ?
C’était pour marquer la fin d’une aventure. J’ai fait une couleur blanche parce que ça correspondait au moment où je suis devenu totalement indépendant, et aussi au moment où je suis devenu speaker sur la caravane du Tour de France. J’avais envie de marquer cette aventure un peu folle d’un geste un peu fou, lui aussi : une teinture. Je n’ai pas de tatouage, pas de piercing, je n’avais jamais fait de teinture, c’est vrai que ça a surpris beaucoup de monde ! Ça me plaît beaucoup. Les mèches vont disparaître, mais j’ai emmagasiné toute la confiance et toute la folie que j’ai en moi.
Vous parlez couramment breton ? Ou vous n’avez appris que l’hymne ?
Je n’ai jamais fait l’école Diwan, mais c’est un chant qui me parle beaucoup, et je tenais à apporter ça cette année : le chanter et le faire apprendre au public, qui connaît souvent le refrain mais pas souvent les paroles. Et pourtant, ces paroles sont chouettes : « le vieux pays de mes pères »… C’est un chant de tradition qui donne de l’énergie. Après l’avoir chanté, après l’avoir entendu, on est plus fort.
« Si on avait plus de sport, on ferait moins la guerre »
Comment avez-vous appris les règles du rugby ?
Tu sens les choses quand tu t’intéresses au rugby. À force de discuter avec des gens, d’essayer de comprendre, de regarder le jeu, les beaux événements de l’équipe de France, des gens comme moi arrivent à mieux comprendre les règles. Aujourd’hui, le rugby est devenu un peu ma famille. J’ai fait du tennis, du foot, j’ai vécu de belles expériences, mais professionnellement, ce qui m’a construit, ce qui m’a permis de vivre tout ce que j’ai vécu, ce qui m’a permis d’être sur le Tour de France, c’est le rugby.
Sur le Tour, il n’y a pas eu un jour sans que je chante l’hymne breton ! Toutes les personnes qui m’ont vu sur la caravane savent que je suis breton, je l’ai dans la peau. Il y a une belle énergie dans le rugby, il faut qu’on arrive à conserver cet état d’esprit qui fait de ce sport une belle école de vie, comme le disent certains. Faites du sport, allez voir du sport, et quand vous avez la possibilité de faire du rugby, même à toucher, allez-y ! Je pense que si on avait plus de sport dans notre société, on ferait moins la guerre, on se ferait moins la gueule.
Chiffres à retenir
2019 l'année où Gwenaël Laurent a pris le micro du REC, pour remplacer le speaker absent
32 ans l'âge du speaker, arrivé à Rennes à 18 ans pour des études de droit
1/5 victoire du REC après cinq journées de Nationale, 35-28 contre Chambéry
29-35 la dernière défaite, samedi à domicile contre Bourgoin
10 octobre prochain match au Commandant Bougouin, contre Suresnes






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