Un beau projet et une belle histoire. À 26 ans, Raphaël Labarrière vient de lancer Focus Rugby, une application (disponible sur App Store et Google Play Store) dotée d’un coach 100 % IA, disponible 24h/24 et 7j/7. Elle suit les joueurs et les joueuses au quotidien, de la préparation physique à la nutrition, du sommeil au travail mental. Son pari ? Offrir un vrai cadre à ceux qui n’en ont pas, surtout chez les amateurs, et aider davantage de jeunes à franchir le cap vers le monde professionnel.
Passé par Floirac et Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, le Dacquois s’est associé à son père pour mener l’aventure. Si le lancement a été officialisé le 30 septembre dernier, l’application a déjà été testée par des joueurs de Top 14 et de Pro D2. Né de ses galères d’ancien rugbyman, ce coach de poche n’en est qu’à ses débuts. Il nous raconte sa genèse et détaille son fonctionnement, avec passion et ambition. Entretien.
IT’S RUGBY. – Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?
Raphaël Labarrière : Je vis à Bordeaux et je suis commercial pour les Cafés Richard. Quand je suis arrivé, j’ai signé au rugby à Floirac. Quand tu arrives dans un club, c’est bien, mais il faut aussi penser à te loger et trouver un boulot à côté. Grâce au réseau du rugby et notamment au manager de Floirac, j’ai pu trouver quelque chose. J’étais au club depuis deux ou trois mois et je cherchais un poste de commercial. J’ai passé un entretien pour intégrer l’entreprise des Cafés Merling, détenue par le président du Stade Rochelais. J’ai passé trois tests et tout s’est super bien passé. J’ai fait deux ans chez eux, c’était super. Puis les Cafés Richard sont venus me démarcher. Je suis actuellement chez eux, tout se passe très bien. À côté, je viens de lancer la société Focus Rugby.
L’application est-elle officiellement lancée ?
Oui, elle est lancée. Le lancement officiel a eu lieu le mercredi 30 septembre, à 18 heures. Pendant deux ou trois semaines, nous avons fait une phase de test avant de l’annoncer au grand public. J’ai donné des accès gratuits à des copains qui jouent en Pro D2, en Top 14, en Nationale, en Nationale 2 et en Fédérale 1, pour avoir des retours et repérer d’éventuels bugs.
Une blessure au genou à l’origine du projet
Raphaël LabarrièreJe comprends que j’ai une blessure physique, mais que je suis en train de me créer une blessure mentale.
Comment est née l’idée de Focus Rugby ?
Il faut revenir en novembre 2022. Je me fais un ligament croisé antérieur d’un genou à Floirac et je ne suis pas conservé. J’ai eu du mal à revenir. Pour certains, tout va très bien au bout de six mois, pour d’autres, ça en prend neuf. J’arrive blessé à Saint-Médard-en-Jalles et j’arrive numéro 1 au poste. Je sens que je suis attendu. Je sentais une pression sur mes épaules. Je commence un peu en espoirs, après un an de blessure, puis je joue en première. Je fais deux ou trois matchs. Malgré tout, le genou ne va pas bien. J’ai mal, je souffre. Là, je comprends que j’ai une blessure physique, mais que je suis en train de me créer une blessure mentale.
Et sur le plan professionnel, tout se met en place en même temps ?
Oui. J’arrive chez Cafés Richard le 2 janvier 2024. J’avais repris la saison de rugby en novembre, après ma blessure. Le rugby me prend la tête. À partir de janvier-février, j’ai une double pression puisque je suis recruté dans un nouveau club qui attend beaucoup de moi et une nouvelle entreprise, leader sur son marché. Je me dis qu’il faut que je sois bon partout. Derrière, il y a aussi la vie de couple, les séances de musculation… Tu es un peu à fond partout. Je me dis que je vais aller au bout de la saison, mais que j’arrêterai le rugby. Je ne prends plus de plaisir. Ce qui était censé être une passion devient une contrainte. Je commençais à aller aux entraînements avec la boule au ventre. Je finis donc la saison avec les espoirs et j’arrête le rugby.
Que fais-tu après avoir arrêté ?
Juste après, je suis des formations de coach en développement personnel. Je me suis dit que dans ce sport, on entraîne beaucoup le physique, mais on n’entraîne jamais le mental. Je sais que dans le milieu du rugby, il est très tabou d’en parler. On est en train d’évoluer sur ce paradigme. Certains clubs ont aujourd’hui des préparateurs mentaux. Je me suis donc mis en auto-entreprise. À côté des Cafés Richard, j’ai créé Focus, pour être coach en développement personnel auprès des joueurs de rugby, pros et amateurs.
Et ensuite ?
J’avais envie de lancer le projet. Un jour, un copain, qui travaille dans la communication, me filme avec un drone. On fait un truc bien à propos du projet et en même pas 24 heures, nous avons 15 000 vues sur Instagram. Ça explose. J’ai de la demande de partout. Des copains professionnels viennent me voir. J’ai fait un petit peu de coaching, aussi. Mais derrière, les Cafés Richard me prenaient beaucoup de temps. Je me suis dit : « Raph, tu viens d’arriver dans une boîte qui a une grosse structure. Concentre-toi sur ton CDI. Ne rate pas le coche. Sois vraiment bon là-dessus au début, et pour le reste, tu verras plus tard. » Je mets donc Focus en stand-by. Je ne m’en occupe plus trop et me consacre à mon boulot.
Focus Rugby relancé avec son père
Richard Labarrière, père de RaphaëlJe te propose un truc : on relance le projet. On va réfléchir à quoi et comment, mais on s’associe et on relance, parce que, honnêtement, c’est un projet de fou, j’y crois énormément.
Comment ton père entre-t-il dans ce projet ?
Il faut savoir que mon père est aussi commercial. Il vend de la farine et aussi des fonds de commerce pour les boulangers. Mais il a aussi suivi des formations et fait du coaching pour les patrons. Il est passionné par l’humain depuis le Covid. Un jour, début 2026, en janvier, il me dit : « Raph, tu en es où avec le projet Focus ? » Je lui réponds : « Papa, je l’ai mis en stand-by parce que ma priorité, c’était les Cafés Richard, mais j’ai beaucoup de demandes. » Il me dit alors : « Je te propose un truc : on relance le projet. On va réfléchir à quoi et comment, mais on s’associe et on relance, parce que, honnêtement, c’est un projet de fou, j’y crois énormément, et je suis chaud pour m’associer avec toi si tu acceptes. » J’ai répondu : « Avec grand plaisir, papa. » Créer un projet avec son père, je trouve ça vraiment chouette.
Quelle forme avez-vous voulu lui donner ?
Dans le milieu du rugby, on se demande ce qu’on fait. On pense d’abord à une chaîne YouTube. Puis on se dit qu’on va chercher des partenaires et mettre en relation les joueurs et joueuses, pros et amateurs, avec des prestataires, en prenant un certain taux de commission. Et puis on réfléchit encore, et on se dit : pourquoi pas faire une application où l’on intègre un coach IA, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, comme une sorte de coach de poche. Dans l’application, on lui met toutes les casquettes. C’est un coach multi-staff. C’est ton préparateur physique et mental. Il est là pour surveiller ta nutrition. Il te fait des plans de la semaine en fonction de tes matchs et de tes entraînements. Il te fait un plan en fonction de ta situation amoureuse, de ton train de vie, de tes habitudes… Le but, c’est d’apporter une vraie solution 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, où tu peux lui parler de tout, sans tabou.
Un coach IA multicasquette, disponible jour et nuit
La partie technique a-t-elle été compliquée à mettre en place ?
On a bossé dessus tous les soirs et même plusieurs fois par jour. On se disait qu’on allait ajouter ça, puis ça, puis on se demandait ce que l’autre en pensait. On travaillait en équipe. Nous avons d’abord lancé un prototype. Nous avons demandé des retours aux joueurs et aux joueuses, avec éventuellement des modifications à apporter. Imagine que tu sois tracassé la veille de ton premier match en pro, ou de ton premier match en équipe première dans un club. À 2 heures du matin, tu ne dors pas, tu sors ton téléphone et tu peux parler à ton coach. Il a des routines de relaxation, d’étirement, de visualisation pour un buteur, pour un talonneur. Il y a des exercices de sophrologie avec de la relaxation cardiaque, des séances de musculation avec un programme complet. C’est un coach multicasquette, personnel, rien que pour toi, et qui s’adapte à toutes tes demandes.
Au début, tout était nouveau pour nous. Il a fallu trouver un avocat d’affaires, une développeuse web, une comptable, un community manager. Au fil du temps, nous avons formé une équipe. Mon père me dit qu’il aimerait travailler avec des jeunes et de la mixité, parce que les jeunes sont dans l’air du temps, ils ont envie de progresser et d’évoluer. Il serait bien que Focus Rugby, qui est tout jeune, les expose, et qu’en même temps, chacun avec son activité, ils nous exposent aussi. Au fur et à mesure, nous avons communiqué avec eux, tout s’est super bien passé. Nous sommes tellement bien entourés. Nous fonctionnons comme dans une entreprise, comme en famille.

Prix, essai gratuit et premiers pas dans l’application
Combien coûte l’application ?
C’est un abonnement à 24,99 euros par mois. Si tu prends à l’année, tu as deux mois offerts : nous offrons les deux mois d’été. Au lieu de 299,88 euros, on enlève deux mois et on arrive à 249,90 euros. Sachez aussi que vous avez sept jours d’essai. Pourquoi sept jours ? Nous étions en vacances avec mon père à Marseille, pour les demi-finales du Top 14. Dans la chambre d’hôtel, mon père me dit : « Raph, j’ai réfléchi à un truc. » Je lui réponds : « Ah bon, quoi ? » Il me dit : « Tu sais, au rugby, un essai, c’est cinq points, et un essai transformé, c’est deux points de plus, donc sept points. Moi, ce que je te propose, c’est de leur offrir sept jours d’essai pour transformer leur essai. »
Concrètement, que se passe-t-il quand on l’ouvre sur notre téléphone ?
Quand tu entres dans l’application, tu appuies sur « commencer » et tu as douze étapes à suivre. On te demande ton niveau, ton prénom, ton nom, ta date de naissance, dans quel club tu es, dans quelle division tu joues, à quel poste, si tu es plutôt titulaire ou remplaçant, quels sont tes objectifs, tes envies. Un exemple : si tu es en Fédérale et que tu dis que tu as envie de jouer en Top 14, le coach virtuel va savoir que tu es quelqu’un de très ambitieux et il mettra tout en œuvre pour te pousser au maximum de tes limites au quotidien. Il te demande aussi si tu as des allergies afin d’adapter le plan alimentaire. Au départ, il doit récolter le maximum d’informations.
Des joueurs pros parmi les premiers utilisateurs
Quels retours avez-vous déjà eus des joueurs ?
Que l’offre est complète. Cela apporte un vrai cadre, notamment à des joueurs amateurs ou pluriactifs, ceux qui sont semi-pros ou amateurs et qui travaillent. Maintenant, tout peut aller très vite. Un joueur de Nationale 2 peut rejoindre le milieu professionnel. Il y a eu une époque, notamment avec Mourad Boudjellal à Toulon, où on prenait beaucoup de joueurs étrangers. Aujourd’hui, je crois qu’on veut vraiment miser sur la jeunesse et des pépites françaises. Ces joueurs, on doit les accompagner pour que le gouffre entre les deux milieux soit le plus faible possible. Au niveau amateur, il n’y a pas de cadre. Si personne ne te prend en main, c’est très dur d’y arriver.
Les premiers retours sont donc positifs…
Pour l’instant, nous n’avons pas eu de critiques ni de mauvais retours. Nous avons senti beaucoup de positivité. Pourtant, tu connais la mentalité française… Quand tu crées un projet, un business, il y a beaucoup de jalousie. Là, nous avons senti beaucoup d’enthousiasme, une vraie force autour de nous. Les gens étaient vraiment contents que nous lancions ce projet. Ils se sont peut-être dit que, dans l’écosystème dans lequel nous vivons, une solution se crée pour permettre d’aller mieux. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir lancé ce projet. Surtout avec mon père. J’ai la chance d’être sur la même longueur d’onde que lui. Nous sommes très complémentaires. D’un point de vue personnel, je dirais aussi que mes faiblesses sont devenues mes forces.
L’application s’adresse-t-elle aussi aux joueuses ?
On n’en a pas beaucoup parlé mais le but est bien sûr de promouvoir le rugby féminin qui peine à se professionnaliser. Il suffit de voir ce qui s’est passé à la Nuit du rugby, lorsqu’ils ont affiché la mauvaise joueuse… Notre but, c’est d’apporter un cadre aux filles aussi. Je me suis aussi mis en relation avec Marie Ibañez, qui vient de connaître sa première sélection en équipe de France. Nous nous sommes dit que nous allions lui offrir l’accès, qu’elle nous ferait des retours et qu’elle en parlerait autour d’elle.
Le choix de l’IA a-t-il été une évidence dès le départ ?
Nous voulions que ce soit l’IA. Au début, nous nous sommes dit que nous pourrions faire du coaching nous-mêmes, prendre en charge des joueurs et des joueuses, professionnels et amateurs. Mais ça prend beaucoup de temps et tu es vite limité. Tu ne peux pas prendre cent personnes et avoir quinze rendez-vous par jour. Même à titre personnel, tu es usé. Nous ne sommes justement pas des robots.
Le réseau du rugby vous aide à vous développer…
C’est ça. J’ai donné l’accès à des joueurs professionnels, comme Matis Perchaud. Il vient de prolonger jusqu’en 2030 à l’UBB. Il est en train de l’utiliser et il me fait des retours. Il va aussi partager son expérience sur ses réseaux. Il y a aussi Thomas Dolhagaray, qui a connu une année très compliquée à cause de blessures mais qui est en train d’exploser avec Biarritz. J’ai donné l’accès à Théo Duprat, de Dax, avec qui j’ai fait toutes mes classes de rugby. Et évidemment à Hugo Zabalza, qui joue à Montauban. C’est mon meilleur ami, j’ai été témoin de son mariage. J’envisage de contacter Guillaume Cramont avec qui j’ai évolué chez les jeunes à Dax, aussi. Bref, le rugby est une niche. C’est un monde très petit. Tout le monde se connaît.






Commentaires