Sixième de Nationale après six journées, Bourgoin-Jallieu a battu Suresnes 34-12 samedi 3 octobre, avec le bonus offensif, et se déplace à Orléans vendredi 9 octobre. Son entraîneur, Stéphane Glas, fait le point. Entretien.

Le début de saison des Berjalliens tient en six matchs : une victoire contre Marcq-en-Barœul (25-20), une défaite à Massy, un nul contre Chambéry (27-27), un revers à Périgueux (27-23), puis deux succès, à Rennes (35-29) et contre Suresnes. Leur saison a une particularité : la Nationale passe de 14 à 16 clubs en 2027-2028, et aucun club n’en descendra au terme de l’exercice. Seule la montée reste en jeu, ce que l’ancien international appelle « un championnat un peu étrange ».

Nom, prénom, âge, qualité ?

Glas, Stéphane, 52 ans, entraîneur du Club Sportif de Bourgoin-Jallieu en Nationale. (37 sélections avec le XV de France, 9 essais entre 1996 et 2001, Grands Chelems 1997 et 1998, vice-champion du monde 1999, triple champion de France avec le Stade Français en 2003, 2004 et 2007, NDLR.)

Un groupe de moins de 24 ans de moyenne

Comment jugez-vous le début de championnat de vos joueurs ?

On n’en est qu’au début de la saison, mais c’est plutôt bien, même si on est un tout petit peu frustrés par le premier bloc. On a des contenus plutôt bons mais, comptablement, je trouve qu’on n’a pas pris assez de points. On est sur les bons rails : on est allés gagner à Rennes et, ce week-end, on a gagné avec le bonus offensif. Pour faire court, je suis plutôt content du début de saison.

On a vu le sérieux et l’application de vos joueurs. Vous avez mis l’accent dessus ?

Oui. On a une équipe très jeune, on a vraiment recruté jeune cette saison, avec une moyenne d’âge inférieure à 24 ans. Ils ont de l’ambition. On a beaucoup de joueurs prêtés par des équipes de Top 14 ou de Pro D2. Ensuite, on a fait monter des jeunes du centre de formation, et on a aussi recruté des jeunes à l’extérieur. Aujourd’hui, on a vraiment un groupe à l’écoute, qui a envie de progresser, qui a des objectifs élevés individuellement, et forcément ça se ressent collectivement. C’est pour ça qu’on a une équipe sérieuse.

« Un cluster » entre Lyon, Oyonnax et Grenoble

Stéphane, vous vous trouvez dans une zone qui a toujours été très concurrentielle : LOU, Oyonnax, Bourg-en-Bresse, Chambéry, Genève, Grenoble…

Oui, c’est une région de rugby, on peut presque pousser jusqu’à Clermont, à deux heures de route. Il y a de la concurrence, que ce soit en Pro D2, avec Oyonnax, Grenoble, Romans-Valence… Et, comme évoqué, Chambéry, nous, Vienne. C’est une émulation, c’est un cluster, quelque chose qui favorise l’émergence de la qualité, d’avoir comme ça plein de lieux d’excellence. Il y a des choses plutôt positives pour nous, d’autres qui le sont un peu moins, mais ça fait partie du jeu. Il y a tout le travail que Pascal Papé fait chez les jeunes : il a bien recruté, et des équipes de jeunes marchent très bien au club.

Vous attisez l’appétit des « gros » ?

Tu te fais un peu attaquer par les grosses équipes, parce qu’elles repèrent les talents très tôt. Mais, d’un autre côté, ça nous permet aussi d’avoir une très bonne relation avec ces clubs, qui nous prêtent des joueurs parce qu’ils évoluent au plus haut niveau. L’un dans l’autre, on s’y retrouve, mais c’est vrai que ça fait une multitude de joueurs dans la région. On s’en sort bien : c’est une bonne chose pour nous, mais aussi pour les gros, qui viennent piocher un peu dans nos équipes de jeunes. Il faut que ce soit gagnant-gagnant, bien sûr. On essaie d’équilibrer les choses pour que tout le monde s’y retrouve sur plusieurs saisons.

Aucune relégation, une seule course : la montée

Vous vivez une curieuse saison avec la refonte des championnats. Quel est votre sentiment ?

C’est pour ça que nous allons essayer de rester accrochés au wagon de tête le plus longtemps possible, pour que ce soit un championnat qui nous donne un peu d’adrénaline. Mais c’était nécessaire : les dirigeants voulaient passer au même format que la Pro D2, à 16 clubs. Ça se fait cette année, ils en parlaient depuis deux ans, il fallait y passer. On fera les comptes à Noël, à la mi-saison, pour voir qui est complètement décroché et qui peut encore se qualifier. Mais c’est vrai que ça va faire un championnat un peu étrange.

Ça pourra peut-être donner, parfois, des journées un peu désordonnées, avec des équipes qui n’auront plus rien à jouer, qui vont faire tourner ou un peu lâcher les matchs d’un week-end à l’autre. Mais l’année dernière, vers la mi-saison, ça avait été un peu la même chose avec la mise de la clé sous la porte de Tarbes puis de Niort : pas de relégation avant fin février.

« Bourgoin en Pro D2, ce n’est pas utopique »

Vous avez connu la fin du rugby amateur, les premières saisons du professionnalisme, puis la « métropolisation » du rugby. Quel est le but du CSBJ face aux grandes villes ?

On a connu une époque pas si lointaine où beaucoup de joueurs issus de Bourgoin-Jallieu évoluaient en équipe de France. Il y a quand même beaucoup de rugby dans notre région, la possibilité de récupérer de bons joueurs autour de chez nous. Peut-être qu’un jour proche on reverra des joueurs issus de notre centre de formation à ce niveau, peut-être en équipe de France. Il y a un très bon travail de fond réalisé par Pascal Papé et tout son staff, des plus jeunes jusqu’aux espoirs. Il faut alimenter l’équipe première, c’est important.

Et en même temps, on a vraiment l’outil de travail pour aller en Pro D2 : le stade, les loges, le terrain d’entraînement, la musculation, la salle vidéo. Ce n’est pas le luxe, mais c’est un endroit où on peut travailler tranquillement et vraiment tout faire. Il va falloir assurer régulièrement une place dans le top 6 de la Nationale. Je pense qu’aujourd’hui le club n’ira pas plus haut, il faut être clair et net : ce sont les grandes villes, les métropoles, qui sont les maîtres du jeu. Mais je pense que Bourgoin en Pro D2, ce n’est pas utopique.

Chiffres à retenir

6e Place de Bourgoin-Jallieu en Nationale après six journées

3-1-2 Victoires, nul et défaites des Berjalliens depuis la reprise

34-12 Contre Suresnes le 3 octobre, quatre essais à zéro et le bonus offensif

+18 Différence de points de Bourgoin-Jallieu après six matchs

37 Sélections de Stéphane Glas avec le XV de France, entre 1996 et 2001