Budget en baisse, 15 à 20 nouveaux joueurs, une saison sans relégation : l’entraîneur de Périgueux, Didier Casadeï, fait le point sur son club et sur l’économie de la Nationale.
Deux victoires en cinq journées, à Rennes (24-17) et contre Bourgoin (27-23), et deux défaites de cinq points, contre Massy (20-25) puis vendredi à Suresnes (27-22) : Périgueux a démarré sa saison de Nationale avec un effectif largement renouvelé. Le club reçoit Orléans samedi 3 octobre, avant de se rendre à Carcassonne. Son entraîneur, Didier Casadeï, ancien pilier gauche de Brive et du XV de France, parle budget, formation et calendrier. Entretien.
Comment va Périgueux ?
On est dans l’action du début de saison. Il y a une série de 14 matchs entre maintenant et la mi-décembre, et je pense qu’on ne pourra tirer un premier bilan qu’à la fin de cette période-là. On a eu beaucoup de mouvements cette saison, avec une baisse de budget relativement importante et un groupe un peu en fin de cycle, qui avait attaqué en Nationale 2, avec certains joueurs qui avaient pris un peu d’âge. Du coup, on a dû renouveler l’effectif, parce que c’était nécessaire, et puis parce qu’on n’a pas eu le choix aussi.
« L’économie de la Nationale n’est pas viable »
C’est un peu à l’image de pas mal de clubs de la Nationale, finalement…
Le contexte économique des clubs de Nationale est extrêmement difficile, dans le sens où tu n’as pas d’aide de la Fédération, ni de la Ligue, ni de diffuseur. Tu as des contraintes et très peu de rentrées d’argent. Ajoutez à cela une économie très difficile en ce moment… Voilà, les clubs sont un petit peu débordés pour pouvoir joindre les deux bouts. On a aussi évidemment été échaudés par Blagnac, Carqueiranne, Tarbes et Niort. Aujourd’hui, l’économie de la Nationale n’est pas viable pour les clubs, et il faut des gens qui s’investissent, comme notre président Francis Roux l’a fait pendant de nombreuses années, et qui continue de travailler pour pouvoir combler un budget qui reste à l’équilibre. Bravo.
Semer des graines et chercher dans les « trous de la raquette »
Comment se passe la vie rugbystique dans ce triangle compliqué formé par Toulouse au sud, Bordeaux à l’ouest et Clermont au nord-est ?
Aujourd’hui, la formation est quand même délicate. Hormis Ross, qui a été formé en Dordogne, il y a très peu de joueurs formés dans cette région, et parmi ces derniers, il y a eu Bosviel par exemple. C’était possible. Il faut qu’on soit vraiment meilleurs sur notre formation, de façon à pouvoir faire monter des jeunes avec un bon niveau pour jouer en Nationale. C’est un gros travail de fond, sur les éducateurs aussi. Et puis c’est à nous d’essayer d’être performants en prenant des jeunes joueurs qui ne sont pas gardés dans les clubs professionnels, et d’essayer de les hisser à un bon niveau grâce à l’entraînement quotidien. En fait, la problématique est double : d’abord le long terme et la formation, semer des graines qui vont peut-être germer dans cinq, six, dix ans ; ensuite, être suffisamment malin et intelligent pour aller chercher ceux qui passent par les « trous de la raquette ».
« La Nationale, j’insiste, ça joue bien au rugby »
Vous avez connu les débuts du professionnalisme, votre palmarès de joueur parle pour vous : quel regard portez-vous sur le rugby depuis 30 ans ?
Disons que je vis un peu en Nationale ce que j’ai vécu en 1996 ou 1997, quand le rugby est passé professionnel. Il y en a qui ont fait ce choix, d’autres ont préféré garder un travail et « arrondir les angles » dans des clubs voisins. Je dirais que ceux qui ont eu la chance d’être internationaux ont fait le bon choix, et que ceux qui ont été un peu en deçà ont fait le mauvais choix. Aujourd’hui, je retrouve exactement la situation dans laquelle on était il y a 30 ans. Beaucoup de joueurs sont formés dans les clubs professionnels, mais finalement peu auront la possibilité d’y jouer au niveau qu’ils espéraient au départ.
Et ces joueurs doivent faire des choix. Se dire : « Voilà, aujourd’hui, je n’ai pas le niveau pour jouer en Top 14 ou en Pro D2, je choisis de tenter ma chance en Nationale », avec des salaires vraiment très bas, des CDD d’une année ou deux. Ou alors se dire qu’ils vont travailler, se former pour un boulot futur, et jouer au rugby en amateurs. Je laisse le choix à mes joueurs, en ne leur mentant jamais.
Par contre, il y a des joueurs capables de mettre les actes, l’intensité, l’exigence d’un rugby de haut niveau, parce qu’il y a quand même un très bon niveau en Nationale. Pour avoir eu la chance d’entraîner à tous les niveaux, que ce soit en Pro D2 ou en Top 14, il y a certes un écart évident entre chacun de ces niveaux, mais la Nationale, j’insiste, ça joue bien au rugby. Aujourd’hui, le niveau est tellement élevé qu’il est impossible pour un joueur d’être pluriactif. Il faut des joueurs investis à 100 %, c’est sûr. J’aime que mes joueurs aient des rêves, parce qu’il faut avoir des rêves dans la vie, c’est important, mais aussi essayer de tout mettre en œuvre pour que le rêve puisse avoir une chance de se réaliser.
« Le rugby, c’est d’abord un sport de combat »
Avec cette saison particulière sans relégation, quelle est l’ambition de Périgueux ?
Aujourd’hui, c’est difficile à dire, avec 15 à 20 nouveaux joueurs en début de saison. J’ai été obligé de payer sur mon budget des joueurs espoirs pour qu’ils puissent venir s’entraîner avec l’équipe première, c’est à prendre aussi en considération. Mais le vrai objectif est au-delà du sport : ce doit être de tout mettre en œuvre pour faire de meilleurs joueurs tous les jours. C’est ça, la vérité.
Le haut niveau, c’est faire attention à tous les détails, que ce soit la partie physique, la partie technique, l’observation de l’adversaire, l’exigence au quotidien et la connaissance de ce que tu proposes et de ce que va proposer l’adversaire. Et ajouter à ça un mental d’équipe très fort. Voilà, on essaie de travailler là-dessus, dans le plaisir aussi, parce que la vérité, c’est que les joueurs doivent être heureux de faire ce qu’ils font, mais dans une compétition de rugby. C’est d’abord un sport de combat, beaucoup ont tendance à l’oublier : le rugby, c’est d’abord avoir envie de passer sur son adversaire. J’ai bon nombre de joueurs qui ont fait des carrières extraordinaires mais qui n’avaient pas de moyens physiques énormes, pas de moyens techniques énormes, mais qui avaient un mental.
Cinq mois sans rentrée d’argent
Didier Casadeï, un message à faire passer ?
J’ai un « coup de gueule ». Je n’arrive pas à comprendre pourquoi la Nationale commence avant la Pro D2 et le Top 14, alors qu’on a moins de matchs à jouer qu’eux. On nous oblige à reprendre le 20 août alors que les contrats des joueurs commencent le 1er juillet. Je trouve ce calendrier d’une absurdité totale depuis quatre ans. On finit avec un match en avril, et les clubs se retrouvent en difficulté, sans rentrée d’argent en avril, mai, juin, juillet et août. Cinq mois !
Chiffres à retenir
2/5 victoires de Périgueux après cinq journées de Nationale, à Rennes et contre Bourgoin
15 à 20 nouveaux joueurs dans l'effectif en début de saison, après une baisse de budget
14 matchs à disputer d'ici la mi-décembre selon Didier Casadeï
20 août la reprise imposée en Nationale, pour des contrats qui débutent le 1er juillet
5 mois sans rentrée d'argent pour les clubs, d'avril à août






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