Une belle idée dévoyée, une histoire tordue, des dirigeants (?) étonnants d’absence de conscience continentale. Les coupes d’Europe sont en danger, Non, elles meurent.

Qu’il semble loin le temps où la Yellow Army des supporters de Clermont faisait la procession du centre-Ville de Dublin jusqu’à Lansdowne Road en 2012, où quand Jonny Wilkinson drainait cent journalistes dans les salons d’honneur de la mairie de Paris en 2005 pour un quart de finale Stade Français – Newcastle (qu’il ne jouera pas…) faisant le plein du Parc des Princes, où RMC faisait des débats dans le Moscato Show « Tu préfères gagner la H Cup ou le Top 14, »?

Nostalgie, Non, non, constat.

Comment la poule aux œufs parfumés à la Heineken, sponsor éponyme des années européennes heureuses, n’est-elle devenue qu’une belle idée déplumée, pire un souvenir tombé en désuétude, remise en cause même par les acteurs les plus impliqués: les grands d’Europe et leurs joueurs?

Les coupes d’Europe de rugby ont 31 ans, l’âge d’une idée portée sur les fonds baptismaux par un Grand dirigeant du rugby français, européen, mondial, Marcel Martin, le même qui aura été un soutier majeur infatigable pour la création de la coupe du monde de rugby (première édition en 1987) ou l’incorporation de l’Italie dans le Tournoi (2000). Son héritage est dévoyé avec des équipes sud-africaines et des formules tellement alambiquées que même un brasseur acteur du rugby les trouveraient nauséabondes. Les raisons du déclin? Multifactorielles, comme toujours.

La loi Evin? On est passé de la Heineken Cup à la H Cup. Le Covid? Plus sûrement. A la manière d’un poulet sans tête, les dirigeants et leurs argentiers en souffrance ont cherché des solutions. Et comme souvent, on cherche à augmenter le nombre de sources de recette, à augmenter le nombre de rendez-vous en cherchant le maquillage de la référence historique de l’épreuve.

C’était mieux avant? Bah oui! Avant, les poules étaient simples, la qualification claire et les matchs couperets très forts et énormément suivis. Aujourd’hui? Les formats ont été modifiés plusieurs fois, les poules ne sont pas équilibrées, moins de lisibilité et surtout d’intérêt pour le public. Micro-trottoir pénible cette semaine auprès des aficionados (faites-le, vous verrez): quels sont les quatre clubs français encore en lice?

Le Top 14 et le Premiership ont aussi cannibalisé la compétition européenne, surtout le championnat français: ne pas perdre de plumes continentales pour jouer le maintien dans l’élite nationale tellement plus rémunératrice. Il y a aussi la récession et l’étouffement des autres nations européennes (le Pays de Galles sombre l’Ecosse et l’Italie sont des nains économiques, l’Angleterre a perdu Worcester, les Wasps…, l’Irlande pèse quoi en termes de droits télévisuels?) qui ont ouvert les portes au grand n’importe quoi « européen » d’aujourd’hui avec des équipes sud-africaines dans la compétition continentale (Imaginez le concours de l’Eurovision avec Israël ou l’Australie… ah bah oui…)! Eh oui, la ligue celte a accueilli deux clubs italiens puis des franchises sud-africaines, l’héritier de l’ERC (European Rugby Championship) EPCR s’est engouffré dans la brèche en allant installer son siège en Suisse, énorme pays de rugby (?).

Aujourd’hui, il n’y a plus guère qu’en Irlande qu’on pense que l’ex Heineken Cup est un marchepied entre le rugby de clubs/provinces et l’équipe nationale.

En France, déjà, il y a 20 ans, un club jouant sa survie en Top 16 à l’époque avait fait l’impasse sur la Challenge Cup en envoyant une équipe réserve. Et avait enduré une amende. Le ver n’est pas dans le fruit. Il n’y a plus de fruit. Et Marcel Martin n’est pas respecté.

Le 7 janvier 1996, après prolongation à Cardiff, Toulouse avait soulevé le premier trophée de ce qui était une formidable idée de l’Europe du rugby, Jean-Philippe Revallier restera à tout jamais le premier marqueur pour l’histoire de la compétition contre Constanța, Roumanie. Roumanie, Europe. Bulls, Stormers, Sharks, Lions, Cheetah… Investec…

BeIn sport reste le diffuseur en France. Heureux?

Les joueurs eux-mêmes se sont émus du dévoiement de l’esprit de la compétition, on ne parle même pas des staffs médicaux ou des personnels en charge RSE!

La belle idée a été dévoyée parfois déguisée sous les atours de la vertu: développer le rugby en Europe. Il y a eu le Bouclier européen ouvert aux Espagnols, Portugais, Italiens de seconde zone, il y a même eu des matchs improbables aux confins de l’Oural (demandez à l’UBB…).

Il est temps que de nouveaux Marcel Martin se lèvent, l’Europe le mérite tellement.